Histoire d'Eastman

  • Désignation : Municipalité
  • Gentilé : Eastmanois, oise*
  • Région administrative : Estrie (05)
  • MRC : Memphrémagog (450)
  • Division de recensement-Canada : Memphrémagog (45)
  • Communauté métropolitaine : s. o.
  • Circonscription électorale-Québec : Orford (120)
  • Superficie totale : 77,11 km2
  • Superficie terrestre : 73,15 km2
  • Population : 2 279
  • Date de constitution : 2001-05-30

Géographie et territoire
Eastman (fondé en 1888) est regroupé depuis le 30 mai 2001 avec Stukely (fondé en 1796). La municipalité située en bordure ouest du mont Orford couvre un territoire de 74 km carrés, lequelcompte plusieurs lacs (d’Argent, Orford, Parker, Stukely) et où la rivière Missisquoi Nord prend sa source.

A quelque 100 km à l’est de Montréal(sortie 106 de l’autoroute 10, dite des Cantons de l’Est), et à quelque 50 km de Sherbrooke, Eastman est situé à la rencontre de cette artère est-ouest et de l’axe nord-sud formé par la vallée de la Missisquoi vers la frontière américaine.

Des origines au nom actuel de la municipalité d’Eastman 

Le village fut d’abord connu sous le vocable Dingmans’ Flats dans les années 1840, car six familles de Dingman y vivaient. Ceux-ci figuraient parmi les tout premiers Loyalistes établis sur le territoire; le patronyme Dingman dérive de Dingmann, leurs ancêtres étant des Allemands de Pennsylvanie. L’agglomération d’origine s’est ainsi développée à partir de l’extrémité sud-ouest du lac d’Argent, dont elle était séparée par une vaste prairie humide (le remblai actuel du chemin de fer n’y était pas), d’où le nom « Flats ».  

D’autres Loyalistes s’étaient installés dans les terres environnantes, le territoire étant alors relié à Montréal et Boston par des diligences tirées par des attelages de chevaux. Le tracé empruntait l’actuel chemin des Diligences; là où le chemin du lac d’Argent rejoint le chemin des Diligences se trouvait un relais pour les voyageurs, où se faisait aussi la rotation des équipages et des bêtes. Le relais, appartenant à un dénommé Nathaniel Parker (1785-1854), se nommait « Silver Valley Hotel » et son style d’origine est bien conservé. C’est aujourd’hui la ferme des Marc-Aurèle, dont l’ancêtre acheta l’endroit des Parker (lesquels ont donné leur nom au lac Parker, situé tout près). Le cimetière Silver Valley, non loin de là, contient les tombes des Parker, Dingman, et plusieurs autres pionniers de la première époque.

Avec l’avènement du chemin public reliant Montréal à Sherbrooke, le village s’étendit tranquillement vers l’est, dans ce qui est devenu le noyau villageois actuel. L’actuelle rue des Pins constituait pour sa part le point de départ du chemin de Mansonville. Un hameau nommé Bolton Forest se développa enfin à l’est du village, aux environs de l’actuelle boulangerie Dora; le tout premier bureau de poste y fut d’ailleurs ouvert en 1865.  

Lorsque le chemin de fer arriva en 1876, les rails de la Waterloo and Magog Railway traversaient la rue Principale à peu près là où la route 245 la rencontre aujourd’hui. La gare se trouvait alors au nord du chemin public, tout près de l’immeuble actuel nommé… « La Gare ». L’intersection de la route et du chemin de fer était nommée Warne‘s Crossing, du nom du premier maire du village (le capitaine William Warne, qui habitait tout près du passage à niveau). Une gare fut également aménagée à Bolton Forest (nommée Amber Brook Station sur la carte de Belden datant de 1881).

Tôt ou tard, il fallut adopter une appellation définitive pour le village. Ce qui survint à l’occasion de l’ouverture du premier bureau de poste, en 1880. Le nom d’Eastman fut recommandé par l’influent juge Samuel Foster, en l’honneur d’un vieil ami qui fut également le premier pionnier à défricher des terres sur le territoire. Ezra Bartlett Eastman arriva du New Hampshire avec son père, Obadiah Eastman, à la fin des années 1820 et ils s’établirent quelque part dans ce qu’on appelait alors la Silver Valley, au nord du lac d’Argent. En 1833, Ezra épousa Margaret Stuart (née en Irlande), dont la famille venait de s’établir sur une terre tout près de la sienne. Leur fille Ruth Jane Eastman était la dernière du nom lorsque le village fut ainsi nommé en 1880. L’incorporation officielle du village survint quelques années plus tard, en 1888.

De la colonisation aux mines de cuivre 

Dans les années 1860, Eastman passe d’une société agricole de défricheurs à une véritable agglomération, sous l’impulsion d’une forte activité minière. Les relevés géologiques gouvernementaux des années 1840 avaient en effet identifié plusieurs gisements dans la vallée de la Missisquoi. Mais il fallut attendre le déclenchement de la guerre de Sécession américaine, en 1860, pour que le cours des métaux connaisse une croissance fulgurante, rendant par le fait même l’exploitation minière profitable.

C’est ainsi que plusieurs mines de cuivre (Ives, Bolton, et Huntington) situées entre Eastman et Bolton Centre débutèrent leur exploitation en 1865. La forte demande en main-d’œuvre dépassait de beaucoup ce que pouvait fournir le bassin de population local; aussi, les mines attirèrent de nombreux arrivants, dont des Canadiens-français mais aussi des gens venant d’aussi loin que le pays de Galles ou encore Cornwall en Angleterre. La population d’Eastman augmenta ainsi rapidement, et le premier magasin général ouvrit en 1867 (celui de Richard A. Banfill). L’exploitation minière fut également à l’origine de l’arrivée des chemins de fer dans la région.

Suite à la fin de la guerre de Sécession, le cours des métaux redescendit tranquillement et les diverses mines cessèrent leurs activités entre 1876 et 1883, n’étant plus économiquement viables. On entend parfois dire que le minerai de cuivre extrait de ces mines aurait servi à la fabrication d’armes pendant la Guerre civile américaine. En réalité, l’exploitation des mines débuta l’année où la guerre de Sécession prit fin, et le premier lien ferroviaire avec les Etats-Unis ne s’est réalisé que bien après la fin des hostilités. Le minerai des mines d’Eastman était plutôt acheminé par train à Waterloo, puis au port de Montréal, pour aboutir en Grande Bretagne.  

L’industrie du bois et les chemins de fer

Au déclin de l’activité minière succéda l’essor de l’industrie du bois, qui contribua à faire d’Eastman une plaque tournante des chemins de fer à la fin du 19e siècle. En effet, il était devenu possible d’acheminer vers la ville les produits des scieries saisonnières installées dans tous les villages et hameaux des alentours. A cela vint s’ajouter la construction d’une nouvelle voie ferrée permettant l’accès aux forêts d’un vaste territoire au nord d’Eastman. Si bien qu’entre 1875 et 1890, Eastman devint un village de 500 habitants comptant 3 églises et de nombreux commerces, dont l’industrie du bois était désormais le principal moteur économique.  

En 1882, Loran Durham Phelps et son cousin Cortez Croydon Eldridge érigèrent à l’est de la rivière Missisquoi (un peu en amont du barrage aujourd’hui) une scierie attenante à une fabrique de bardeaux de cèdre et d’épingles à linge. Leur entreprise, la Eldridge & Phelps Co Ltd, fournit le bois nécessaire à la construction de plusieurs ouvrages ferroviaires, dont le long pont à tréteaux du Canadien Pacifique séparant le village du lac d’Argent, construit en 1887.

En 1889, C.C. Eldrige quitta pour Vancouver. Avec de nouveaux actionnaires, la compagnie devint la Eastman Lumber Co. Et connut une expansion sans précédent. A son apogée, elle employait plus d’une soixantaine de travailleurs à sa scierie, et de nombreux autres dans ses terres à bois et au flottage. Une autre scierie fonctionnait sur le ruisseau Amber, près de la décharge du lac Orford à Bolton Forest; dans le même secteur se trouvaient une beurrerie, une fromagerie, une fabrique de « tinettes » à beurre, ainsi qu’une forge. Vers 1909, la Eastman Lumber fut achetée par la Standard Chemical Co Ltd, spécialisée dans la distillation du bois, et continua ses activités jusqu’à sa fermeture en 1918.

Un lieu de villégiature et de tourisme 

Le tout premier lieu de villégiature vit le jour en 1897 au lac Stukely (alors connu comme lac Bonnallie), quand un chalet y fut construit par le juge Samuel Willard Foster, lequel avait été impliqué dans l’octroi de divers terrains en Estrie par le gouvernement fédéral au profit du CPR. Son chalet était sis au bout d’une voie ferrée secondaire du CPR servant à acheminer le bois de coupe de ce secteur vers les scieries d’Eastman (ce tronçon fut actif jusqu’en 1914). Bien que modeste, ce chalet fut néanmoins nommé « château de Foster » et le juge y organisait des réceptions mondaines.

Nos premiers véritables villégiateurs furent en fait des familles anglophones provenant de Montréal, Westmount, et des Cantons de l’Est, qui construisirent au début du siècle dernier des chalets au lac Orford, à un endroit nommé plus tard Pointe-aux-Anglais par les locaux. On y accédait par le chemin de fer et le CPR y avait aménagé une plateforme (Orford Lake Station) dès 1918, laquelle demeura en service jusque dans les années 1960. 
 La construction de chalets de villégiature connut toutefois son essor entre la fin des années 1950 et le début des années 1980, principalement autour des lacs d’Argent, Orford, et Stukely. Plusieurs facteurs convergent alors pour faire d’Eastman une destination touristique convoitée: le développement de la station de ski au parc provincial du Mont-Orford au début des années 1960; l’ouverture du premier théâtre d’été francophone en 1960, le célèbre Théâtre de Marjolaine; et l’arrivée de l’autoroute 10 en 1964. La construction immobilière et le tourisme sont depuis lors des moteurs économiques du village et de sa croissance démographique, laquelle a été particulièrement marquée ces derniers dix ans.  

Parcours patrimonial d’Eastman 

Un parcours piétonnier permet au visiteur de se familiariser avec divers repères historiques de la municipalité grâce à plusieurs panneaux d’interprétation. Un dépliant décrivant le parcours patrimonial est disponible en cliquant sur le lien ci-bas.  

10.12.1888         Fondation du village

1889 – 1893        William Warne
1893 – 1896        E. J. Estey
1896 – 1899        Joseph O. Bouchard
1899 – 1904        E. J. Estey
1904 – 1905        Israel Taylor
1905 – 1907        Marcellin Bolduc
1907 – 1908        J. Baptiste Payette
1908 – 1909        L. D. Phelps
1909 – 1910        Charles Bienvenue
1910 – 1911        Richard S. Peardon
1911 – 1912        Charles Bienvenue
1912 – 1913        Edward Rogers
1913 – 1914        E. W. Shilson
1914 – 1915        Alexandre Gosselin
1915 – 1916        Richard S. Peardon
1916 – 1923        Joseph A. Moquin
1923 – 1923        Didace Lussier
1923 – 1927        Edmond Poirier
1927 – 1931        Louis Molleur
1931 – 1936        Joseph A. Moquin
1936 – 1939        Émile Belval
1939 – 1948        Joseph Lapointe
1949 – 1960        Jean Louis Fortin
1960 – 1967        Théodore Perreault
1967 – 1973        Gérard Lavoie
1973 – 1976        J. Lucien Pilon
1976 – 1976        L. Eugène Lapointe
1976 – 1988        Joseph François Edouard Bourbonnais
1988 – 1996        Pierre Morin
1996 – 2001        Maurice Friard
2001 – 2005        Gérard Marinovich
2005 – 2009        Gérard Marinovich
2009 – 2013        Gérard Marinovich
2013 – 2017        Yvon Laramée
2017 – 2021        Yvon Laramée
2021 – 2025        Nathalie Lemaire

Sis au pied du Mont Orford, Eastman jouit d’un point de vue unique aux pieds de cette magnifique montagne qui est représentée dans la partie supérieure du logo. Le caractère récréotouristique d’Eastman est avantagé par sa position stratégique de porte d’entrée d’une région très fréquentée pour ses lacs et ses montagnes. Représenté par la bande bleue sur laquelle est posé le nom Eastman, les quatre lacs de la municipalité offrent par ailleurs un environnement charmant pour les villégiateurs et résidents permanents.

La couleur bleue est associée à l’idée de fraîcheur et d’air pur. Le traitement moderniste et énergétique du logo reflète le dynamisme de la nouvelle municipalité d’Eastman qui a été fusionnée avec la municipalité de Stukely le 30 mai 2001.

Texte rédigé par Patrick McDonald, en collaboration avec le comité Patrimoine et Paysages d’Eastman.

Sources  

  • Marion L. Phelps, Eastman Highlights of Eighty-three Years Ago. Centennial Advertiser, 16 mai 1968. 
  • Marthe (Gagnon) McDonald, Eastman et ses environs. Yesterdays of Brome County vol. III, BCHS, 1977. 
  • Derek Booth, Railways of Southern Quebec. Railfare DC Books, 2008. 
  • Livre du Centenaire d’Eastman, 1988.
  • Procès-verbaux de la municipalité d’Eastman. 
  • Mmes Dorothy Baranek, Gisèle Chamberland, Marthe Gagnon, Beverly (Hallam) Lambert, Danielle Simard; MM. Maurice Beaudry, Philippe Beaudry, Rosario Beauregard, Hubert Boissé, Maurice Fortin, Jean-Maurice Fortin, Yves Lambert, Fernand Laramée, Gabriel Simard, James Sweet.